Contempler l'incertitude

Mis à jour : juin 10

A l’heure du coronavirus nous voyons la peur du manque émerger et avec elle la panique. Nous voyons également la solidarité croitre et la pollution s’effacer. Le temps du confinement ralenti le monde et le transforme déjà. Et si cet évènement signait le virage tant attendu d’une autre manière de vivre ?

Voilà ça y est, on espérait que quelque chose bouge, que les politiques agissent, que l’on ressente combien tout est tellement interconnecté que l’on pourrait faire quelque chose. On s’est assis sur des ponts, on a crié notre colère aux politiques, mais toujours rien. Ce n’est ni la fonte des glaces , ni la foule jaune de colère , ni les milliers de réfugiés qui s’échouent à nos frontières qui ont pu arrêter la machine mais un micro-organisme, un virus.

Le corona nous a devancé, il nous a pris de court et nous qui fonctionnons depuis des années sur le mode « jusque -là tout va bien», dans un déni cher payé par d’autres mais invisibles à nos yeux,nous nous retrouvons en situation d’extrême vulnérabilité. Pour la première fois dans l’humanité, nous ressentons tous la même chose au même moment, la peur de mourir. Le «busniness as usual » est sur pause , nous aussi.


« …La lune claire, la voie lactée, les pins couverts de neige et les pics de nuages

Sont plus lumineux encore dans les ténèbres, plus étincelants encore dans l’obscurité »


La peur est puissante, elle arrête le monde et nous offre l’espace de l’inconnu. Celui traversé par l’inquiétude, l’hystérie, la panique mais aussi celui de la clairvoyance, de la solidarité, du silence. Se retrouver au cœur de l’impermanence est une réalité oubliée qui si elle est ressentie en son cœur, en sa chair peut tout transformer.

Il y a 9 ans exactement j’étais au japon lors du tremblement de terre et de l’explosion nucléaire de Fukushima. Les premières heures après le séisme nous mirent tous dans un état de stress physique et psychique inconnu et alors que les répliques ne cessaient de secouer la terre toutes les 4 heures on annonça un possible tsunami dans la baie de Tokyo. Je pris mon passeport, un duvet, de l’argent, de l’eau puis je montai sur la plus haute colline de Kamakura. Je retrouvai une poignée de personnes rassemblées avec qui nous avons commencé à attendre. Après plusieurs heures la profonde sensation de ne pas être à ma place m’assaillit et je réalisai que je ne pouvais passer ma vie à avoir peur de la perdre car cela m’empêchait de la vivre. Je suis donc redescendue de ma montagne et je suis allée là où mon cœur m’appelait, vers ceux que j’aimais dans un café sur la plage. Je n’ai jamais eu autant la sensation d’être vivante qu’au bord de cette plage potentiellement dangereuse. Au cœur de l’incertitude, face à la mer.


« …Le complet et l’incomplet s’ajustent, la lumière et l’obscurité se combinent »


Il y a quelques semaines à l’annonce du virus j’ai ressenti la même panique, la peur du manque, l’urgence de devoir se protéger, et puis je me suis assise.


« …Où trouver l’existence merveilleuse ? si ce n’est lorsque la vigilance dissipe la confusion.

Telle est la voie du silence et de la clarté, la racine du détachement extérieur et de la subtilité intérieure »


Zazen. L’absorption assise, la méditation sans objet. Un cadre, celui de l’axe ouvert à l’inconnu, d’un dos allongé sans tension, d’une respiration libérée, d’un mental qui ne cherche plus rien à atteindre, qui ne cherche plus à solutionner, qui ne cherche même pas à se calmer ni à s’apaiser.

L’assise contemplative de la méthode sans méthode, la voie de la contemplation du silence où comme le dit joliment Alexandre Jolien « contempler le monde sans moi « Oui, ce virus peut être notre chance car il nous fait ressentir dans notre chair et notre cœur combien nous sommes tous reliés, que ce soit par un postillon ou un cours en bourse, ce qui bouge là-bas nous touche ici.

Explorer la contemplation de l’incertitude c’est revenir au cœur de notre existence et renter dans la grande détente celle qui nous permet de vivre de tout ce qui est, tel que c’est. C’est vivre autrement dans la transformation déjà réalisée.


Extraits du poème « l’inscription sur le silence et la clarté » de Hongzhi Zhengjue (1091-1157)

le poème et des informations sur l’auteur sur le site d'Eric Rommeluère : http://www.zen-occidental.net/pdf/mokushomei.pdf


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